Michaël ASSOULINE Intelligence artificielle et robotique : le futur de l’ophtalmologie ?

Séance virtuelle du 26 septembre 2020 Michaël ASSOULINE (Directeur médical du Centre Iena Vision – Paris) La crise démographique de l’ophtalmologie mondiale devrait s’aggraver dans un avenir proche. Selon le récent rapport de l’OMS (Octobre 2019), 2,2 milliards de personnes…

Michaël ASSOULINE Intelligence artificielle et robotique : le futur de l'ophtalmologie ?

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Séance virtuelle du 26 septembre 2020
Michaël ASSOULINE (Directeur médical du Centre Iena Vision – Paris)

La crise démographique de l’ophtalmologie mondiale devrait s’aggraver dans un avenir proche. Selon le récent rapport de l’OMS (Octobre 2019), 2,2 milliards de personnes sont atteintes de déficience visuelle ou de cécité, évitables dans près de la moitié des cas. Les pandémies actuelles de myopie et de diabète vont majorer considérablement la demande de soins oculaires. La santé visuelle, assurée aujourd’hui par 220.000 ophtalmologistes et 300.000 optométristes dans le monde, est donc précaire. Selon les projections, il manquera environ 1 million de professionnels de l’œil en 2025. En France, l’état du système de santé visuelle est aussi préoccupant. Le temps d’attente moyen pour une consultation d’ophtalmologie varie de 3 à 6 mois. D’ici 2026, 72 % des ophtalmologistes français devraient cesser leur exercice, et seulement 1 sur 3 serait remplacé.

Après 30 années de participation à l’effort de recherche et développement (R&D) dans les domaines des implants et des lasers chirurgicaux, je suis toujours fasciné par l’enchainement des fantastiques progrès dont nous avons été régulièrement les témoins et parfois les acteurs, pour les plus chanceux d’entre nous.

Nous avons entrepris en 2018 de réinventer la démarche diagnostique en ophtalmologie en intégrant les récents développements de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Ce projet destiné à produire de façon automatisée l’intelligence médicale nécessaire au diagnostic en ophtalmologie combine 3 éléments complémentaires :

– « Ariane-InSight™ », un robot conversationnel (chatbot) multilingue accessible en ligne. Ce système utilise un algorithme articulé sur une matrice décisionnelle de 166 affections oculaires et de plus de 600 critères diagnostics subjectifs (symptômes ou facteurs de risque) pour déterminer la probabilité des diagnostics courants ou plus rares.

– «EyeLib™ », une plateforme robotisée autonome capable de réaliser automatiquement au moyen de senseurs morphométrique, de reconnaissance biométrique et d’une combinaison d’appareils opto-électroniques, une centaine de mesures distinctes couvrant environ 90% des signes objectifs produits par les examens complémentaires en ophtalmologie (frontofocométrie, réfractométrie, aberrométrie du front d’onde, tonométrie, topographie cornéenne, pachymétrie, rétinographie, biométrie optique, tomographie optique des segments antérieur et postérieur de l’œil, transparence cristallinienne, analyse du film lacrymal, microscopie spéculaire endothéliale…).

– « EyeLib SmartVision Report », un rapport exhaustif compact faisant la synthèse des données subjectives et objectives recueillies et utilisant des algorithmes d’intelligence artificielle (par exemple supervised machine learning) pour calculer automatiquement la puissance des corrections optiques (lunettes, lentilles, implants) à partir des informations anatomiques et optiques, suggérer les conduites à tenir (éligibilité à une chirurgie réfractive, degré d’urgence d’une consultation spécialisée, optimisation du suivi médical), géolocaliser un praticien spécialiste…

La station EyeLib™, qui a obtenu le marquage CE début septembre 2020, est en cours de tests cliniques à Paris et Genève. Le robot conversationnel Ariane-InSight est actuellement testé par un collège d’experts cliniciens.

L’automatisation actuelle de certains processus spécifiques (acquisition de données, imagerie médicale, identito-vigilance, robotique, calcul et simulation numérique) n’est que l’un des aspects de l’IA pour l’avenir de notre métier. La création d’intelligence médicale par le rapprochement analytique intensif des informations individuelles et collectives (cliniques, paracliniques et génétiques) devrait faire évoluer en profondeur nos conceptions médicales, en identifiant de nouveaux marqueurs et associations syndromiques qui ont jusqu’ici échappé à la sagacité des chercheurs ou en renforçant nos capacités prédictives. Cette évolution devrait également permettre aux patients de s’approprier une grande partie de l’intelligence médicale qui les concerne, pour devenir, autant que possible, les acteurs responsables de leur santé oculaire.

Dans la pratique quotidienne, à mesure qu’augmente le volume de données utiles, le praticien aura plus de mal à rivaliser avec l’IA pour prendre des décisions pertinentes en temps réel. C’est donc vers un idéal de praticien « cérébral augmenté » disposant d’outils efficaces d’aide à la décision que doivent tendre nos efforts, en espérant que la sensibilité, l’empathie, le don de soi, l’intégrité et le respect de l’autre, qui sont l’essence de notre fonction, resteront l’apanage de notre humanité.

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